Dr Saleck Moulaye

Ahmed Cherif

Directeur des études,

de la programmation et de la coopération de la Région de Nouakchott

pour une ville accessible,

vivante et partagée

L’espace public inclusif :

L’inclusivité suppose de prendre en compte la diversité des usagers, des besoins, des capacités et des pratiques. Elle concerne également la sécurité, le confort, la mixité des usages et l’ouverture sociale. L’espace public est envisagé comme un lieu de rencontre

et de coexistence entre les habitants, mais aussi avec le vivant et la nature. L’inclusivitésuppose de prendre en compte la diversitédes usagers, des besoins, des capacités et des pratiques. Elle concerne également

la sécurité, le confort, la mixité des usages et l’ouverture sociale. L’espace public est

envisagé comme un lieu de rencontre et de coexistence entre les habitants, mais aussi

avec le vivant et la nature. L’article souligne également la continuité et la complémentarité

entre espaces publics, logements, équipements et espaces privés.

Il propose ensuite six critères pour apprécier le caractère inclusif d’un espace public. Une attention particulière est accordée à la participation des habitants dans la conception, l’aménagement et la gestion des lieux.

L’article insiste enfin sur la nécessité de

penser la maintenance, l’animation et l’évolution des espaces dans le temps. L’espace public inclusif apparaît ainsi comme un bien commun vivant, évolutif et partagé, au service d’une ville accessible, vivante, équitable et durable.

L’espace public doit être considéré comme un bien commun : conçu avec les usagers, accessible à tous, approprié collectivement et géré dans la durée, au service du bien-être, du vivre-ensemble et d’une ville plus équitable, résiliente et durable.

N° 22 - 2026

L’espace public inclusif est un espace pour toutes et tous

Un espace public inclusif est avant tout un espace accessible, sûr, confortable et accueillant pour toutes et tous. Il reconnaît et valorise la diversité des personnes, de leurs capacités, de leurs besoins, de leurs usages et de leurs aspirations. L’inclusion suppose en effet de dépasser une conception uniforme de l’espace pour reconnaître la diversité des situations et permettre à chacun d’y participer pleinement (Gardou, 2012).

Cette conception suppose de garantir à chacun une égalité réelle d’accès, d’usage et de participa-tion. L’espace public doit permettre à tous de cir-culer, de s’arrêter, de se rencontrer, de se divertir, de participer à la vie collective et de bénéficier équitablement des ressources et des opportuni-tés qu’il offre. Cette dimension rejoint la notion de droit à la ville, selon laquelle les habitants doi-vent pouvoir accéder aux ressources urbaines, participer à la vie collective et s’approprier les espaces de leur ville (Lefebvre, 1968).

L’inclusivité implique donc de prendre en compte les différences liées notamment à l’âge, aux ca-pacités physiques, aux situations sociales et aux modes d’usage. Elle repose sur une concep-tion suffisamment universelle pour que chacun puisse trouver sa place et se sentir légitime dans l’espace public. L’espace inclusif n’est donc pas simplement un espace accessible : c’est un es-pace qui accueille, relie, rassemble et permet de participer.

L’espace public inclusif est donc

à la fois un espace de relation entre

les personnes et de relation avec

le vivant.

La relation entre espace public

et espace privé doit être conçue comme une continuité des usages

et des déplacements.

Un espace public inclusif est avant tout un espace accessible, sûr, confortable et accueillant pour toutes et tous.

Un espace de relation, de partage et de coexistence avec le vivant

L’espace public est également un lieu de rencontre et de coexistence. Il permet à des personnes d’âges,de situations et d’origines différentes de se côtoyeret de partager un même environnement. À ce titre,il contribue au renforcement du lien social, de laconvivialité et du sentiment d’appartenance.

Mais l’inclusivité ne concerne pas uniquement les relations entre les personnes. Elle implique éga-lement une coexistence avec le vivant. Les parcs, jardins, squares et autres espaces végétalisés constituent des milieux favorables à la biodiver-sité urbaine et contribuent à améliorer le cadre de vie. Les stratégies contemporaines d’aména-gement reconnaissent d’ailleurs de plus en plus le rôle des espaces verts dans la qualité environ-nementale et la résilience des villes (UN-Habitat, 2015). L’espace public inclusif est donc à la fois un espace de relation entre les personnes et de relation avec le vivant.

Une continuité et une complémentarité avec l’espace privé

L’espace public ne peut être pensé indépendam-ment du logement et des espaces privés. Il par-ticipe, avec eux, à la qualité globale du cadre de vie. Il ne se limite pas aux places, parcs et jardins :il comprend également les rues, les trottoirs, lescheminements, les espaces végétalisés, les équi-pements de loisirs, les cours d’école et les espa-ces de transition. La relation entre espace public et espace privé doit être conçue comme une continuité des usages et des déplacements. Des transitions bien aménagées entre le logement, le bâtiment, le trottoir et la rue facilitent cettecontinuité. Les cheminements sans obstacles, les seuils adaptés et une bonne relation entre les façades et la rue contribuent à rendre les espaces plus accessibles, sûrs et accueillants.

La complémentarité repose également sur une répartition des fonctions : l’espace privé assurenotamment l’intimité et le repos, tandis que l’es-pace public favorise les déplacements, les ren-contres et les activités collectives. Les com-merces, les services et les rez-de-chaussée actifsparticipent à l’animation des rues et renforcent les interactions (Jacobs, 1961). La frontière entre espace privé et espace public devient ainsi plus progressive, grâce à des espaces de transition favorisant l’accessibilité, la sécurité et la convi-vialité.

Critères d’inclusivité d’un espace public

L’inclusivité repose sur plusieurs dimensions complémentaires. Elle suppose d’abord une acces-sibilité pour toutes et tous, permettant notammen-taux personnes en situation de handicap, auxenfants et aux personnes âgées de se déplaceret d’utiliser les équipements. La continuité descheminements et l’absence d’obstacles sont essen-tielles. L’accessibilité doit être pensée comme une condition générale de participation à la vie urbai-ne et non comme une réponse limitée à certainescatégories de population (OMS, 2007). Elle impli-que également sécurité et confort, grâce à unéclairage adapté, une bonne visibilité, un mobilierapproprié, des assises, des espaces ombragés,de la végétation et, lorsque cela est nécessaire,des points d’eau. Ces éléments contribuent àrendre les espaces plus accueillants et favori-sent leur fréquentation par une diversité d’usagers(Gehl, 2010 ; Whyte, 1980).

Un espace inclusif doit par ailleurs favoriser la diversité et la mixité des usages, en permettant la coexistence de plusieurs fonctions et en évitant les espaces exclusivement monofonctionnels. La présence simultanée de différentes activités contribue à la vitalité urbaine et à l’appropriation des espaces (Jacobs, 1961). Il doit aussi garantir une véritable ouverture sociale, en tenant compte de la diversité des âges, des capacités, des situa-tions et des besoins. La continuité urbaine, à tra-vers une bonne connexion avec les logements, équipements, transports et autres espaces publics, constitue une autre condition essentielle.

Enfin, la participation des habitants à la concep-tion, à l’aménagement et à la gestion permet de mieux prendre en compte les usages réels, de ren-forcer l’appropriation collective et de dévelop-per le sentiment d’appartenance. Cette partici-pation rejoint une conception de l’espace urbain comme espace de citoyenneté et de droit à la ville (Lefebvre, 1968 ; UN-Habitat, 2015).

Planifier avec les usagers

et dans la durée

La planification d’un espace public inclusif com-mence par l’écoute et la participation des usagers. Il s’agit d’identifier leurs besoins, leurs pratiques, leurs attentes et les difficultés qu’ils rencontrent. Cette connaissance des usages réels permet d’éviter une conception fondée uniquement sur des hypothèses techniques et favorise une meil-leure appropriation collective. La planification doit ensuite rechercher un équilibre entre accessibilité, sécurité, confort, accueil et diversité des usages. Les équipements dédiés peuvent être associés à des espaces libres permettant des activités spon-tanées, individuelles ou collectives. La proximité entre différentes fonctions favorise également les rencontres et la convivialité.

Cependant, concevoir un espace inclusif ne consiste pas seulement à répondre aux besoins actuels. Il faut également anticiper l’évolution des usages et des besoins futurs. Les matériaux durables, les équipements faciles à entretenir, une végétation adaptée au contexte et des dispositifs dont les coûts d’entretien restent maîtrisables favorisent la pérennité des aménagements.

La répartition claire des responsabilités en matièrede gestion, d’entretien et d’animation est égale-ment indispensable. L’espace public ne doit pas être considéré comme un aménagement ache-vé au moment de sa réalisation : son attractivité dépend aussi de son animation et de son appro-priation. L’observation des usages, l’évaluation de la satisfaction des usagers et l’entretien régulier permettent enfin d’adapter les aménagements et de préserver leur qualité dans le temps (UN-Habitat, 2020).

Ainsi, un espace public inclusif n’est pas seulement un espace bien conçu : c’est un espace pensé avec ses usagers, adapté à leurs pratiques, correcte-ment géré, animé et durablement entretenu.

L’espace public ne doit pas être considéré comme un aménagement achevé au moment de sa réalisation : son attractivité dépend aussi de son animation et de son appropriation.

Conclusion

Penser l’espace public comme un espace inclusif revient à placer les personnes, leurs besoins et leurs usages au cœur de la planification urbaine. Un espace inclusif ne se limite pas à être physi-quement accessible. Il doit être sûr, confortable,accueillant, diversifié et ouvert à tous. Il doit favo-riser la rencontre, la mixité, la convivialité et lerespect du vivant, tout en assurant une continuité avec les espaces privés, les logements et les équi-pements. Cette approche repose sur une planifi-cation participative permettant de mieux com-prendre les pratiques existantes et d’associer les usagers aux choix d’aménagement. Elle suppose également de concevoir des espaces capables d’évoluer, d’être correctement gérés, animés et entretenus.

En définitive, l’espace public doit être considéré comme un bien commun :conçu avec les usagers, accessible à tous, approprié collectivement et géré dans la durée, au service du bien-être, du vivre-ensemble et d’une ville plus équitable, résiliente et durable.