Au cours des dix dernières années, ceux d’entrenous qui œuvrent pour un monde plus sûr, pluspropre et plus juste ont dû faire face à des ventscontraires incessants : politiques isolationnistes,perturbations économiques et inégalités crois-santes.
Nous faisons aussi face à la montée des dis-cours climatosceptiques, au révisionnisme cli-matique, à la défiance qui s’abat aujourd’hui sur la science, à contre-courant de toute consi-dération rationnelle, à tous les populismes qui profitent et se nourrissent de cette défiance, ouencore à la prolifération de campagnes de désin-formation amplifiées par les réseaux sociaux, quiont représenté autant de défis auxquels nous avons dû répondre directement.
Le désengagement des États-Unis, principal contributeur aux émissions de gaz à effet de serre, en est un signal fort.
Ces reculs ne sont pas sans conséquence pour les écosystèmes dont nous dépendons touspour survivre sur notre planète : les dix années lesplus chaudes jamais enregistrées se sont toutesproduites au cours de la dernière décennie.
L’année 2024 affiche une température moyenne de +1,6 °C au-dessus des niveaux préindustriels.Elle a aussi été marquée par une accélérationdramatique des phénomènes extrêmes : la fonte
des glaces et l’augmentation du niveau des eaux,le cyclone Chido à Mayotte en décembre dernier,les inondations meurtrières à Valence à l’autom-ne, les incendies dévastateurs à Los Angeles en janvier. L’été 2025 est celui des incendiesincontrôlables en Europe et au nord du Canada, des canicules à répétition, des inondations meurtrières au Pakistan et en Asie du Sud-Est. Chaque nouvelle saison jette des communau-tés entières dans la sidération.
L’action des villes est exemplaire à bien des égards. Partout dans le monde, les territoires montrent que si nous en avons la volonté, alors un chemin alternatif est possible. À Paris, àCotonou, à Phnom Penh ou à Québec, nos villesse transforment, laissent la place aux circulations douces, renforcent leurs offres de transport collectif, font entrer la nature en ville en plantant des forêts urbaines, accompagnent leurs popu-lations dans les adaptations nécessaires.
Par la mise en place de bassins de rétention intelligents pour filtrer les eaux fluviales avant qu’elles ne rejoignent le port, Copenhague a pu aménager plusieurs zones de baignade dans la ville.
Des politiques innovantes, il y en a partout : les zones à faibles émissions à Londres, Liège et bientôt à Hanoï ; à Casablanca, la transforma-tion de l’ancienne décharge de Médiouna en un parc urbain qui sera un véritable poumon vert pour la ville ; les parcs-éponges à Montréal pour faire face aux pluies et aux inondations ; les initiatives de développement de l’énergie solaire locale auCameroun, à Lausanne, dans le Zou au Bénin, à Bordeaux… ; les politiques de réduction et de traitement des déchets plastiques à N’Djaména, à Terrebonne, à Genève ; le traitement des eaux usées réutilisées à des fins d’arrosage au Marocou à Nice ; le réaménagement de la baie du Banco à Abidjan ; celui des berges du Tibre à Rome ; ou encore, l’éclairage public solaire à Nouakchott.
La liste est longue et, partout dans le monde, letravail des maires est dense et innovant. Et c’est aussi pour cela que les villes sont indispen-sables, qu’elles sont les locomotives de l’action climatique. Toutes vont dans la même direction.
Il faut aller plus loin et donner aux villes les moyens de se transformer véritablement. Avecl’Alliance des villes francophones pour le climat, l’AIMF apportera un soutien indispensable en termes de formation et d’accompagnement. Les villes sont de plus en plus nombreuses àse doter d’espaces dédiés comme l’Académiedu Climat à Paris ou les Maisons du Climat.
L’accès aux financements internationaux est indispensable pour leur permettre d’investir dans des politiques publiques ambitieuses et efficaces. C’est l’une des clés pour atteindre les objectifs fixés.
La COP de Belém sera un nouveau moment de vérité : les États sauront-ils se mobiliser à nou-veau pour répondre à l’urgence par l’action ? Cette COP se tiendra au cœur de l’Amazonie, dans un contexte de fortes attentes. Sous pré-sidence brésilienne, elle marque un retour à un leadership climatique du Sud, face aux puis-sances du Nord.
Cette COP doit être celle des ambitions rehaus-sées avec la nécessité pour les États de présen-ter leur nouvelle contribution déterminée surle plan national (CDN). C’est tout le sens de laCoalition pour une Haute Ambition Multilatérale (CHAMP), plaidoyer ambitieux visant à intégrer les contributions locales dans les contributions nationales déterminées, et à faciliter, en parallèle,un financement direct aux villes pour la transition écologique, à la hauteur de leur action. Lancée lors de la COP28 à Dubaï, la CHAMP a déjà été rejointe par 77 pays dans le monde. Participer àsa diffusion et à l’amplification de ses effets estl’un des objectifs que nous pourrions collecti-vement soutenir.
ai d’ailleurs, depuis lors, toujours consi-déré l’Accord de Paris comme une nou-velle grande déclaration pour les droitsde l’humanité, après la Déclaration universelledes droits de l’homme de 1948 et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, toutes les trois signées à Paris.
De fait, au-delà des États, les villes étaient déjà en première ligne. Tandis que les gouvernements nationaux signaient l’Accord de Paris, j’ai réuni à l’Hôtel de Ville, à Paris, un millier de maires, des experts scientifiques, des militants, des artistes reconnus, des amis du climat et de la planète venus du monde entier.
Cette mobilisation sans précédent des gouver-nements locaux, coordonnée par notre ville et par des réseaux de villes tels que le C40 Cities Climate Leadership Group, témoignait déjà d’une prise de conscience profonde : la bataille climatique allait se jouer en grande partie dans les métropoles.
À l’époque, nous avions affirmé, et nous ne cessons de le faire depuis, que les villes pou-vaient et devaient jouer un rôle majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elles doivent protéger leurs citoyens des effets de la chaleur extrême, de la pollution de l’air et de la montée du niveau des mers.
L’Accord de Paris ne devait pas seulement être une feuille de route pour les États, mais aussi la boussole de nos politiques locales. Cette réunion des maires a marqué un tournant dans la reconnaissance du rôle des villes sur la scène internationale.
ANNE HIDALGO,
Maire de Paris et Présidente de l’AIMF
N° 21 - 2025
Garder le cap
J’
En 2015, les représentants des 195 États du monde, réunis à Paris, adoptaient un accord historique. Pour la première fois,
la communauté mondiale reconnaissait
l’urgence climatique et s’unissait pour
y répondre.
Cet accord contraignant nous donnait encore une chance d’un monde vivable, un monde
à +1,5°C. Il y avait une promesse forte derrière cet accord : celle d’un avenir soutenable, d’un monde plus juste et plus
respirable, pour toutes et tous.
L’Accord de Paris ne devait pas
seulement être une feuille de route
pour les États, mais aussi la boussole
de nos politiques locales.
L’action des villes est exemplaire à bien des égards. Partout dans
le monde, les territoires montrent
que si nous en avons la volonté, alors
un chemin alternatif est possible.
Il faut aller plus loin et donner aux
villes les moyens de se transformer
véritablement.
Parmi les enjeux figure aussi celui du finan-cement des villes qui, en Afrique par exemple, doivent faire face à une démographie dynamiqueet aux défis du réchauffement climatique. Dans les prochaines décennies, elles seront confrontées à des enjeux cruciaux pour fournir les services essentiels que sont l’accès à l’eau, à l’assainis-sement, à l’énergie, et à la collecte des déchets.Pour les développer, et pour renforcer des sché-mas directeurs d’urbanisme qui leur permettront
de mieux faire face à ces enjeux, nous devons aider ces villes à trouver aujourd’hui des leviers qui leur permettent de se préparer aux défis de demain.
Avec ce numéro de Raisonnance exceptionnel, nous voulons montrer comment les villes se mobilisent, comment les acteurs engagés àleurs côtés contribuent à la réflexion, comment ensemble nous pouvons ouvrir la voie vers undéveloppement respectueux de la nature, profon-dément humain et juste.
Rien ne se fera sans les villes, échelons démo-cratiques qui représentent le mieux les citoyens. Dix ans après Paris, faisons de Belém le ber-ceau d’un nouvel accord pour le climat et pour l’humanité.
Nous le devons au vivant, à celles et ceux qui habitent la planète et qui doivent pouvoir conti-nuer à envisager l’avenir non pas comme une menace existentielle mais comme une source de possibles.